Noémie, Noël 2020

mardi 29 décembre 2020
par  fatoukaba
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Noémie est professeur de français en collège, elle a pris une année sabbatique pour faire l’expérience d’autres cultures... pour cela, elle n’a pas été déçue !

Après un mois et demi sur place, voici de mes nouvelles.

Moi, je me sens bien ici, de mieux en mieux même ; j’avance toujours à petits pas dans mes explorations de cet univers si nouveau pour moi, sans témérité, mais avec beaucoup de curiosité.

Ayant peu voyagé auparavant, m’adapter à la vie ici me demande de réapprendre certains fondamentaux que je pensais immuables (ou plutôt, que je n’avais jamais songé à remettre en question) : le savoir-vivre, l’éducation des enfants, l’hygiène, le rapport au temps et à la parole. En d’autres mots :

« Quant à moi, je suis comme ton bébé, Coumba. Regardez-le. Il apprend à marcher. Il ne sait pas où il va. Il sent seulement qu’il faut qu’il lève un pied et le mette devant, puis qu’il lève l’autre et le mette devant le premier.  »

Cheikh Hamidou Kane, L’aventure ambiguë (un très bon conseil de Françoise).

A l’école, nous avons Tonton (c’est ainsi que beaucoup appellent Mamadou Gueye, le Directeur de l’école) et moi, eu envie d’étendre mon champ d’action au-delà de la classe de CM2. J’ai toujours mon groupe composé de sept CM2 en difficulté que je prends tous les soirs et le mercredi après-midi pour une heure de soutien. Nous révisons les leçons, je les aide pour leurs devoirs, ou je prévois des exercices de renforcement des points travaillés avec Mme Sall. Je reste aussi une heure en classe avec eux tous les matins. Cela me permet de rester au courant de la progression, mais j’interviens aussi parfois : s’ils font des exercices, je passe vérifier, expliquer, corriger ; si Mme Sall explique une leçon, il m’arrive de co-animer pour compléter les explications, expliquer d’une autre façon.

Je ne vous cache pas qu’au départ, j’ai eu du mal à trouver ma place dans cette classe (avec le recul, je pense que c’était dû aussi à une méconnaissance de ma part sur les façons de faire ici, au Sénégal). Face à cela, j’ai eu un appui sans faille de la part de Tonton qui s’est toujours montré très ouvert au dialogue, disponible et enclin à trouver des solutions.

Tout ce qui est à présent en place s’est fait au fur et à mesure de plusieurs réajustements. Ce fut un tâtonnement certes fatigant parfois mais surtout très intéressant : que c’est stimulant d’avoir l’appui et la confiance d’un directeur d’école pour imaginer, créer, mettre en place des projets pédagogiques !

Donc, progressivement, j’ai approché les autres classes.

D’abord les CM1, avec qui je mène tous les mercredi après-midi un « Atelier autour du français » composé d’activités ludiques autour de la prononciation, de la lecture, de la mémorisation des mots. Je vous joins le contenu des premiers ateliers.

Ensuite, Tonton m’a demandé si je pouvais enseigner l’anglais. Ainsi, chaque jour, après la récréation du matin, je dispense une demi-heure d’anglais, ou plutôt d’initiation à l’anglais à tous les niveaux à partir du CE1. Cela plaît dans l’école, les élèves sont très enthousiastes et, personnellement, j’y prends moi-même beaucoup de plaisir. La seule difficulté que je rencontre est à l’égard des CE1, qui s’avèrent un peu petits pour cela ; qu’ils soient en surnombre (56 élèves) ne facilite pas non plus la tâche. Nous en discutons actuellement avec M. Diop (l’enseignant de CE1) qui, lui, souhaiterait que je continue car les enfants sont fiers de faire l’anglais. A suivre…

Avec les plus petits (CI- Classe d’Initiation- et CP), je lis des histoires tous les après-midi. L’idée est née d’une première proposition de lecture pendant les récréations que j’avais lancée avec M. Basene (l’enseignant de CI), puis d’une discussion où nous nous sommes trouvés très en accord avec Tonton sur les nombreux intérêts de la lecture plaisir, orale, contée, etc. Concrètement, j’installe quelques paillasses dans le préau du premier étage, je choisis un livre, le plus simple et le plus illustré possible. Je prends des tous petits groupes, afin de pouvoir les faire participer : je les fais répéter les mots, retrouver des éléments sur les images, deviner et je leur fais formuler quelques phrases simples.

J’ai également deux élèves en grand retard scolaire que je prends chacun une demi-heure par jour pour du soutien individuel en lecture et écriture : Mbaye Thiam en CI, pour lequel je succède à Tata Catherine, et Souleymane Diallo en CEI. Les deux sont volontaires et progressent bien, je suis optimiste.

Jusqu’à l’arrivée d’Iris (la volontaire de service civique qui arrive en janvier), je tiens encore la bibliothèque, mais je vous avoue que c’est la seule partie à laquelle je ne prends guère d’intérêt.

Pour tout le reste, je me régale !

Merci à vous toutes de me permettre de mener une expérience professionnelle et humaine si riche (et si pleine de sens)

Dans la maison des volontaires, avec la robe que lui a offerte Fatou, la boulangère

A bientôt.

Ateliers autour du français, programme
Détail des ateliers

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